Rendez-vous du 9 au 14 septembre à Sète et du 15 au 19 octobre à Lisbonne !

SÈTE - LISBOA

Introduction

L’art de Sète et d’ailleurs
SLA soutient les artistes sétois. Ils viennent, depuis toujours, de tous horizons, se nourrir, s’inspirer dans notre ville singulière en la faisant rayonner à l’international. SLA défend ces artistes, leur travail et leur vision du monde en la confrontant à celle d’artistes venus d’ailleurs au travers de rencontres culturelles entre Sète et d’autres ports, d’autres villes, d’autres régions du monde. En croisant les cultures de différents territoires, les esprits s’enrichissent, les liens se créent, les idées affluent. Notre objectif est d’ouvrir une fenêtre sur le monde, de créer un dialogue artistique international autour des arts graphiques, de la performance mais aussi de l’art brut, des fêtes populaires, des mythes, légendes et traditions locales.

Communauté d’artistes
SLA est un festival nomade qui a vocation à se déplacer dans le monde entier et à créer des liens pérennes entre les artistes de Sète et d’ailleurs. L’objectif de l’association est de former une communauté artistique cosmopolite et croissante, dont le centre de rayonnement est la ville de Sète. Chaque nouvelle édition sera constituée d’artistes de cette communauté, ainsi que de nouveaux talents de Sète et de la ville jumelée. Les artistes seront sélectionnés par le commissaire d’exposition dans la cohérence du projet qu’il a défini. Pour la prochaine édition du festival, des artistes sétois, angelinos et palermitains seront ainsi amenés à tisser des liens avec des artistes lisboètes, élargissant encore et toujours les contours de cette communauté.

COMMISSAIRE

Edito de Philippe Saulle

Au bord.
Premières notes pour Sète-Lisbonne

Indicible est cette panne de mots qui parfois survient mais qui n’est pas un silence. Ne pas trouver ses mots est souvent dû à la sidération. On reste sans voix, mais au-delà de ce mutisme, quand les mots n’arrivent pas à venir pour tenter d’exprimer une émotion, une sensation qui surprend celle ou celui qui voit, le corps, lui, s’exprime.

Des émotions fortes au point de ne pas trouver ses mots me sont arrivées quelques fois, assez rarement, devant une œuvre d’art. Une des premières fois était pour Passage une œuvre vidéo de Bill Viola de 1991, quelques vingt minutes d’un anniversaire d’enfant, images filmées puis ralenties en plus de six heures trente. Où j’ai compris qu’une émotion ne vient pas « soudain » mais qu’elle survient peu à peu, par à-coups, par paliers, elle monte en dent de scie, pour s’exprimer dans une libération. Le temps normal nous donne la sensation qu’un fou rire ou des larmes jaillissent brutalement. Or, Bill Viola nous dévoile ce chemin étrange et tortueux fait de minuscules sidérations pour exploser en une émotion forte. Nous nous sommes longtemps écrit pour aller plus profond. Une autre fois, sous terre, dans les moulins de l’Albigeois où Pedro Cabrita Reis avait installé une pièce faite de bois, de verre et d’une lampe fragile suspendue à la voûte rocheuse. La voir m’a provoqué une crise de larmes irrépressible que je ne comprenais pas. Nous nous sommes écrit pour tenter d’aller plus profond. Jusqu’au jour où, tous les deux, nous tenant par la main sur le pont au-dessus du Tarn, nous avons assisté, médusés, à la destruction de cette œuvre dans les eaux furieuses en crue. Une autre fois devant la Chambre des petites catastrophes, pièce infiniment poétique de Paul Szulman et Jacques Julien… Tant dans cette chambre minuscule faite de bric et de broc, s’inscrivaient des tornades, des orages, des tsunamis…
Ne pas aimer ou détester, ouvre les vannes de la parole trop facilement, alors que l’indicible émotion nous surprend par l’abîme de sens que l’on devine sans pouvoir l’exprimer.

J’ai encore quelques images très loin des cimaises. Sur les falaises de Caballeria à Menorca, des jeunes filles heureuses, se tenant par les coudes et chantant à tue tête dans un vent à décorner les bœufs. La ronde obstinée des mères de la Place de Mai. Les yacks stoïques dans le blizzard. Le courage des oiseaux. Les mains fourrées dans mon blouson, la tête dans les baffles pour un concert des Bloody Valentine. Le Rocher des proscrits solide face aux assauts de l’océan. Les tortues épuisées et vaillantes au milieu du plastique. Les saumons fous qui mille fois tentent de passer les cascades. Les gnous abrutis par la peur qui nagent dans le fleuve boueux. Des enfants hagards blottis sous des tables quand tout tremble et bascule… etc.

Sourde résistance pourrait exprimer, de façon lapidaire, ce qui provoque cette émotion qui monte en nous. Il y a sans doute un peu de courage, de la force aussi, de la patience, de la résignation face aux éléments si puissants. Il y a aussi de la sagesse, celle qui vient du tréfonds de nos existences. Faire face de façon fragile et buté à la nature et ses débordements fous autant qu’à la violence du monde que quelques cinglés nous fabriquent.

L’expression de cette sourde résistance devrait pouvoir se partager en images, gestes, textes ou sons dans une déambulation sensible à Lisbonne et Sète, au bord de l’art.

Philippe Saulle, commissaire d’exposition
13 juin 2023