SÈTE - LOS ANGELES

Introduction

Sète Los Angeles ou SLA, plus qu’un sigle, est une association qui organise des rencontres culturelles et artistiques entre Sète et d’autres ports, d’autres villes, d’autres régions du monde. L’objectif est de laisser place à un dialogue artistique, à une envie de créer et de voir les frontières s’effacer au profit d’un territoire imaginaire, éphémère.
Cette première édition réunit deux collines, l’une au bord de la Méditerranée, l’autre du Pacifique. Deux scènes artistiques vibrantes où l’on retrouve lumière, espace, énergie mais aussi un certain goût pour l’insolite, l’irrévérence et le mélange des genres. Depuis Agnès Varda, qui partit en 1980 filmer les peintures murales de Los Angeles, une histoire secrète relie les deux villes. Celle d’une certaine contre-culture, en marge des écoles de Paris et de New-York.
En septembre 2019, est inaugurée la première édition de ce festival d’art contemporain avec l’échange artistique inédit entre les villes de Sète et de Los Angeles. 14 Sétois et 14 Angelinos se sont rencontrés à Sète pour créer, produire, exposer, échanger. Le visiteur, quant à lui, est embarqué dans cet étonnant voyage où les œuvres et les performances s’interpellent, où les univers et les langues se mélangent, d’expositions en performances, de lectures en concerts, de projections de films en animations numériques…
Comme l’échange appelle la réciprocité, en novembre 2019, Sète s’invite en plein cœur de West Hollywood. Les artistes français s’envolent direction Los Angeles où ils retrouvent leurs homologues américains et le festival continue avec 5 jours de bouillonnement et d’interactions culturelles.
Cette première édition n’aurait jamais pu avoir lieu sans l’immense soutien des collectivités et des entreprises locales privées, des bénévoles et des amis qui, eux aussi, ont à cœur de promouvoir l’interculturalité et l’ouverture sur le monde.

Sète-Part I - Septembre 2019

11 artistes américains sont venus à Sète pendant 10 jours. Ils ont rencontré les artistes sétois et ont exposé ensemble dans différents lieux : The Rio (7 quai Léopold Suquet), Centre régional d’art contemporain (CRAC), Galerie Zoom (41 rue Pierre Sémard), quartier de la Pointe Courte. Des films mythiques sur Los Angeles, des expositions inédites (Agnès Varda au CRAC), des concerts (Les Sans Pattes avec Robert Combas), des lectures (Percival Everett à la librairie l’Echappée Belle), des conférences (Patrick Coutin au Rio, des performances artistiques ont été programmées, notamment Francesca Gabbiani, Eddie Rusha et Topolino au Rio, Joséphine Wister Faure sur la plage de la Ola…
Par ailleurs, les artistes américains et sétois ont été invités à une rencontre avec les élèves et enseignants de l’école préparatoire des Beaux-Arts de Sète.
Des dégustations de produits locaux, sur l’étang de Thau et dans les Halles de Sète, ont
permis de faire connaître nos vins, huîtres, tielles et autres spécialités culinaires de notre
patrimoine local. Une découverte, des liens, des échanges ont eu lieu en marge du projet
artistique commun.

Los Angeles - Part II- Novembre 2019

11 artistes sétois sont partis à Los Angeles pendant 10 jours. Ils ont retrouvé les artistes
américains, ont pu approfondir les liens tissés à Sète, bénéficier de leur notoriété et de leurs
connaissances à Los Angeles. Ils ont exposé ensemble dans différents lieux : Show Gallery,
Outfit Home, Petit Ermitage, Soho House, AF Project, dans le quartier emblématique de West Hollywood. Trois galeries, un studio d’enregistrement et une boutique de design formant un «corner » incontournable et donnant sur une place centrale qui sera transformée le temps des évènements en « guinguette » : buvette, scène, dégustation des spécialités locales (cuisinées par un chef sétois). Là encore sont programmées des projections vidéo (Les Sans Pattes, Kim Gordon), des performances (Aldo Biascamano et sa mythologie sétoise, Joséphine Wister Faure et son tournois de Joutes, Topolino et sa peinture live). Ce fut l’occasion de consolider des liens précédemment créés à Sète et d’implanter notre culture, notre identité, notre patrimoine à l’étranger.
Sur ces deux territoires de nombreux évènements ont enrichi l’exposition principale :
concerts, lectures, performances artistiques, projections, afin de découvrir différentes facettes créatives et d’offrir une pluridisciplinarité culturelle au festival.
A l’issue des 5 jours de festival, à Sète et à Los Angeles, les expositions restent accessibles à tous, gratuitement, pendant deux mois.

COMMISSAIRE

Edito de Yann Perreau

Un moment me vient en tête au sujet de ce projet fou, magnifique à mon sens, qu’est Set’Angeles. Le jour, il y a trois ans, où les organisatrices, Sophie Dulin, Pauline Boyé et Marie Taillan, m’en parlèrent pour la première fois. Je fus vite séduit par ces trois filles qui me parlaient d’une seule voix, passionnée, de cette scène sétoise dans laquelle elles avaient baigné depuis leur enfance. Elles ne travaillaient pas dans le petit monde de l’art contemporain, pourtant elles la comprenaient, la décrivaient mieux que la plupart des « professionnels de la profession », cette scène artistique si singulière de leur ville : comme un formidable laboratoire de toutes les créations, où musique, peinture, cinéma, poésie, lettres et paroles, gastronomie et joutes, se répondaient dans un même chaudron bouillonnant, irrévérencieux, joyeux, dionysiaque. Une effervescence créative à laquelle elles participaient chacune à leur façon, artistes dans l’âme et dans leur vie professionnelle, cette libraire, cette paysagiste et cette éditrice, sans oublier Anne Boyé, collectionneuse et amie de tout temps des plasticiens sétois. Une équipe semblable, à bien des égards, aux plasticiens, musiciens, performers, poètes illustres de Sète, capable de rêver avec eux, d’imaginer cette formidable histoire qu’ils n’avaient cessé de leur raconter, au fil des ans. L’histoire qui les reliait à cette mégalopole futuriste au bout du monde, Los Angeles. Non pas tant une sorte d’Americana fantasmée dans sa version hollywoodienne, mais une certaine culture, ou plutôt contre-culture, issue des seventies et constituée de performing artists radicaux, de groupes de punk obscurs, de séries Z, de peintures murales et de lutteurs mexicains masqués. Une « histoire secrète », pour reprendre l’expression de l’écrivain et critique rock californien Greil Marcus, faite d’affinités, d’amitiés, d’influences réciproques.
Elles n’avaient pas de budget alors, pas d’expérience, mais l’envie était là, qui s’imposait comme une quasi nécessité. Elles savaient qu’elles ne tireraient aucun profit de tout cela, dans leurs boulots respectifs et encore moins en terme financier. Cela me paraissait fou, quasi irréalisable, mais n’est-ce pas l’essence même de l’art : réaliser, précisément, l’impossible ? Je compris bientôt que c’était le type de projet auquel on ne peut dire non.

Bien sûr, ces deux villes sont à priori incomparables, ne serait-ce que par leur taille, David et Goliath. Sauf que certains liens, méconnus mais significatifs, pour qui s’intéresse à l’histoire de l’art, opèrent depuis des décennies entre ces deux scènes artistiques. Il y avait d’ailleurs trop de signes, trop de hasards – mais le hasard n’existe pas – qui reliaient déjà, dans ma propre expérience, ces deux mondes à priori antagonistes. Sète et Los Angeles. Moi qui avais longtemps vécu à Los Angeles, mais aussi à Londres, Tokyo, Dakar, Paris, Istanbul, c’est dans la Cité des anges, plus que nulle part ailleurs, que j’avais le plus vu, rencontré, apprécié des artistes sétois. J’étais devenu fan d’Hervé Di Rosa en découvrant ses toiles à la Galerie Louis Stern, West Hollywood ; j’avais rencontré Agnès Varda à l’exposition que lui avait consacré le plus grand musée de la ville, le LACMA (Los Angeles County Museum of Art) ; j’avais sympathisé avec Céleste Boursier-Mougenot quand il avait installé une œuvre sur la plage de Santa Monica ; j’avais assisté à l’une des inoubliables conférences d’Aldo Biascamano sur les mythologies sétoises chez Vanessa Atlan. Vanessa, l’artiste franco-californienne et même angeleno-sétoise, pourrait-on dire, à l’origine de ce projet. Sa générosité, son envie de faire mieux connaître, dans sa nouvelle ville de la côte ouest des Etats-Unis, ses amis artistes de Sète. Aussi lorsque Pierre Bras, critique d’art et professeur d’université à Santa Barbara, m’avait invité chez lui à Bouzigues un été, que je retrouvais Aldo sur la plage à minuit, lors d’une « grillade interdite » mémorable à laquelle participaient aussi Céleste, Robert Combas et tant d’autres Sétois, qui me jugèrent Ok, parce que, comme disait Aldo, j’étais « le pote à Vanessa », j’avais eu l’impression d’être doublement chez moi. A Sète, mais aussi à Los Angeles. Ici, autant que là-bas. Le lendemain je rencontrais, dans leurs ateliers, Jean Denant, Christophe Cosentino, Stéphan Biascamano, Patricia Biascamano, Armelle Caron, André Cervera, Marc Duran, Lucas Mancione. Tous les artistes avec lesquels je créerais, quelques années plus tard, ce grand projet transatlantique.

« A Los Angeles, on peut voir un océan pacifique et des palmiers sauvages, des Disneyland et des studios d’Hollywood, dit Agnès Varda au début de son film Mur, murs (1981). Moi, j’ai surtout vu des murs, des murs peints dans la ville, des murals ». Cette belle aventure qu’est Sète-Los Angeles prit véritablement forme lorsqu’Agnès nous donna ses précieuses recommandations. Notamment celle de rencontrer certains artistes de son film, ces muralists comme on dit là-bas, auteurs de ces peintures murales qu’on retrouve aux quatre coins de la ville, de Downtown à Venice Beach. Œuvres essentielles, pourtant ignorées par l’establishment, musées, galeries, jusque récemment. Œuvres censurées parfois, comme ce fut le cas de la fresque de Barbara Carrasco, LA History : A Mexicaine Perspective, commandée par la municipalité avant que celle-ci ne change d’avis et demande à l’artiste de la retirer, parce qu’elle montrait des épisodes peu glorieux de l’histoire de la ville, de l’esclavage à l’internement dans des camps sino-américains pendant la Seconde Guerre mondiale jusqu’aux agressions de jeunes Mexicains par des membres de la Navy lors des émeutes de 1943. Nous rencontrâmes cette grande amie d’Agnès avec Sophie et Pauline, face à sa fresque grandiose, acquise en 2018 par le Natural History Museum of Los Angeles County. Peu de temps après, Agnès nous quittait. La fresque que Barbara lui a consacrée, créée en résidence à la Pointe Courte, ce quartier de Sète que son amie française aimait tant, avec l’aide de quatre artistes locaux, reste l’un des points d’orgue de Sète-Los Angeles.

Mais j’anticipe, et il me faut d’abord décrire, brièvement, quelques-unes des aventures et mésaventures, des espoirs et désespoirs, que notre fière équipe vécut, outre-Atlantique, pour en arriver là. Avec toutes les illusions, les faux-semblants, les trompes l’œil qui caractérisent Los Angeles. Il y eut cette recherche intarissable du lieu idéal – un motel s’était-on d’abord dit, pour coller au plus près à l’esprit de la ville. Or les gérants de motels ne comprenaient rien d’autre que les cartes de crédit. A priori enthousiastes, les hôtels « artys » étaient pour leur part si réglementés, sous leurs apparences cool, que cela en devenait impossible. Il y eut aussi les deux foires d’art, assez foireuses, une loge maçonnique, un club de Vétérans de la Guerre dénichée par Mathieu Demy, des salles de spectacle et d’opéra art déco magnifiques à Downtown. Et j’en passe. Tous ces lieux hors de prix, délirants en termes de restrictions, d’assurance parce qu’ils avaient en tête ces « location scouts », agents des studios hollywoodiens auxquels on loue parfois sa propriété, à LA, pour des sommes faramineuses. Il y eut ce calendrier maintes fois repoussé, ces soirées pour garder les troupes mobilisées, qui devinrent de véritables événements, comme cette performance extraordinaire d’André Cervera sur la plage de la Ola ; il y a cette petite exposition, à Paris, réunissant des œuvres d’Agnès, de Robert Combas et du Californien Scoli Acosta. Et puis il y eut, au moment où on commençait à baisser les bras, l’idée de Margot Ross. Margot qui nous avait épaulés, conseillés, aidés depuis le début. Sa galerie, où plusieurs des artistes californiens auxquels je pensais pour le projet avaient déjà exposé. Son quartier, Spaulding Square, où toute une scène rock, toute une culture alternative, avait fleuri dans les années soixante. Le garage derrière la Show Gallery, où The Doors et Guns N’ Roses répétaient à leurs débuts. Ce fut la pierre angulaire à partir de laquelle les choses se cristallisèrent outre-Atlantique.

Les artistes, pour leur part, étaient toujours aussi intéressés, enthousiastes, disposés à nous suivre dans cette étonnante aventure. Leur sélection se fit d’une façon naturelle, comme c’est toujours le cas quand les choses prennent, que la magie opère. Car les liens existaient déjà, pour une grande part, comme je l’ai déjà expliqué. Il suffisait de les mettre en lumière, d’explorer des pages oubliées de l’histoire, de recreuser ce sillon laissé en jachère, au hasard des choses et au fil des ans. Ainsi de Scoli, artiste californien proche d’Agnès, son film réalisé en hommage à Murs, murs. Ainsi de Joséphine Wister Faure, artiste franco-américaine vivant à LA, cette belle fille qu’aimait tant Agnès. Ainsi d’Eddie Ruscha, Kim Gordon, Marnie Weber, croisés ici ou là dans les mêmes cercles, appartenant à la même galerie de créateurs qui se définissent autant comme musiciens, performers, que comme plasticiens. Exactement comme leurs homologues sétois, dont ils comprirent tout de suite le langage, celui de leur art, malgré la barrière de la langue. Ainsi de Jim Shaw, dont Hervé Di Rosa ne peut parler qu’avec un trémolo dans la voix, tant il l’admire, architecte, tout comme lui, d’un art de la collection, de la collection d’objets a priori insignifiants, kitchs, comme une forme d’œuvre d’art. Son séjour préalable, à Sète, avec Marnie, permit de confirmer leurs similitudes, affinités. Ainsi de Percival Everett, le plus francophile des écrivains californiens, déjà passé par la librairie L’Echappée belle de Sophie, comme tout écrivain qui se respecte.

Quand je leur parlai pour la première fois de Sète, nos amis californiens entendirent d’abord « set ». Le verbe « to set », en anglais, signifie fixer, mettre, établir, définir, régler, déterminer (« The artist set the rules for the projet » : « l’artiste fixe les règles du projet »). L’expression « a set » peut se traduire par un ensemble, un décor, un plateau, un assortiment. Voire, plus rare, un jeu, une série. Décor, jeu, installation, fiction et réalité confondues. Œuvres d’art. Set’Angeles, résume un dessin génial de Topolino. Topographie des deux villes, territoires mélangés chez Armelle Caron. Ma principale recommandation aux artistes invités à participer : créer, comme ils le souhaiteraient, ce « territoire imaginaire » reliant les deux villes, Set’Angeles. Barbara comprit parfaitement le message, avec sa fresque. Lucas Mancione dessinait, au mur, le chemin qui menait d’une ville à l’autre. Topolino les reliait sur les pages de son carnet de croquis, Robert Combas en fusionnait les énergies, les dynamiques en une toile éblouissante. Vanessa associait les collines des deux cités dans des peintures aux couleurs aussi chatoyantes, vibrantes, spontanées et mouvantes que les tableaux californiens de David Hockney. Marc Duran rééxplorait leur psychédélisme commun, Jean-Marie Picard certains de leurs musiciens légendaires. Joséphine recréait, sans crier gare, une joute au milieu d’une soirée et du parking devenu l’antichambre officieuse des festivités, sous les yeux émus des Sétois. Patricia avait déjà montré aux Californiens à quoi ressemblaient ces fameuses joutes sétoises, dans l’une de ses splendides miniatures. Cosentino recréait l’univers du port, sur des sacs de toile que portent les dockers.

Certains s’intéressèrent à l’étymologie, comme André Cervera, qui rappelait dans son œuvre le passé hispanophone commun aux deux villes. « Los Angeles » : la ville des anges en espagnol. Set’Angeles, sept anges. « DJ Set ! », s’est enthousiasmé pour sa part Eddie Ruscha, l’un des DJ et plasticiens les plus respectés de la scène underground de la ville, dont les pochettes de disques ornaient les murs du club le plus chic de LA, le Soho House. Le « set » au sens de décor, c’est aussi cette toile de fond sur laquelle l’inconscient projette ses phantasmes, ou encore cette inquiétante étrangeté que peuvent revêtir les plus anodins des paysages urbains de Jean Denant autant que ceux de Francesca Gabbiani. Quitte à ce que cet imaginaire prenne feu, les toiles exposées en Californie faisant étrangement écho à l’actualité, déjà terrible en 2019, des feux de forêts se rapprochant dangereusement de la ville. « A film set, on the walls on the city », « un décor, qui prendrait les murs de la ville pour cadre » suggéra pour sa part Kim Gordon, qui interroge tout comme Varda les murs de la Cité des anges, guitare à la main, dans son film Los Angeles June 6, 2019. « Los Angeles, oui, c’est un peu un décor de film » m’a confirmé Bret Easton Ellis. L’œuvre littéraire de l’auteur d’American Psycho a beaucoup contribué à mettre des mots sur les images, sensations et sons caractéristiques de Los Angeles. L’American dream en premier lieu, revisité depuis quelques années avec le plasticien Alex Israel, qui m’a proposé sa combinaison de surf, incarnation ultime, à ses yeux, du rêve américain. Rêve qui vire au cauchemar dans le film de Marnie Weber, créé spécialement pour l’événement, avec ses personnages de marins portant habits dénichés dans les friperies sétoises ; rêve fabriqué par la « dream factory » hollywoodienne, dont Jim Shaw fut l’un des artisans de l’ombre, dessinant décors et story-board pour les studios, avant d’être considéré comme l’un des plus importants artistes contemporains au monde. Des créations sublimes, plus délirantes que les grandes toiles des surréalistes, revisitées avec ironie par l’esthétique toque des eighties rugissantes, que l’artiste exposait pour la première fois. Rêve qui parcourt, fugace, les toiles de Percival Everett, cet écrivain qui cherche, par la peinture, une capacité d’abstraction inatteignable en littérature.

De Sète à Los Angeles et de Los Angeles à Sète. Des allers et retours en plusieurs étapes, plusieurs ports d’attache, à commencer par le Rio, la galerie Zoom, La Ola, le CRAC Occitanie, L’Echappée belle, au début de l’été. Et, avant que celui-ci ne s’achève, se poursuivant outre-Atlantique à la Show Gallery, dans le studio de Poe, musicienne et vidéaste, dans l’atelier d’un artiste italien, à l’intérieur d’une boutique de design, sur les murs du club Soho, et jusque dans ce parking où fut recréé, pour quelques soirées mémorables, l’esprit festif de la petite ville portuaire française. Sans oublier le toit du Petit Ermitage, sa piscine où Aldo et ses sirènes prirent leurs quartiers. Ce fut donc, à Los Angeles, une « block party », un festival de rue qui envahit tout un quartier, comme on n’en voit plus dans cette mégalopole de plus en plus réglementée, depuis des décennies. Ce fut, comme un feu d’artifice, une joute recréée par Joséphine dans ce fameux parking, les films d’Aldo projetés le soir, sous les étoiles, André et comparse se livrant à des rites chamaniques devant un public médusé. Ce fut ces artistes sétois peignant du matin au soir, dehors, puis exposant leurs toiles encore fraîches à même la rue, contre le mur, sur le bitume.

C’était avant le virus et ses restrictions, avant les émeutes et la distanciation sociale, avant que l’Amérique ne bascule un peu plus dans le repli sur soi. C’était hier, et cela semble déjà il y a mille ans. Comme le chant du cygne d’un esprit irrévérencieux, joyeux, dada, de l’art comme pure création, hors des sentiers battus hors des diktats, des foires et des jolis murs blancs de ces lieux chics où l’on se regarde en chien de fusil. Non pas une biennale, une exposition, mais bel et bien un festival, unique en son genre. Espérons qu’il y en aura d’autres.

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Y.P

Galerie Sète Vs L.A